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La Syrah est à moitié savoyarde : ce que l'ADN a révélé

Deux sarments de vigne tressés en double hélice portant une grappe de raisin.

Non, la Syrah ne vient ni de Perse ni de la ville de Shiraz. Les analyses ADN, compilées dans l'ouvrage de référence de l'ampélographie (Robinson, Harding et Vouillamoz, Wine Grapes, 2012), montrent qu'elle est née dans le nord de la vallée du Rhône, d'un croisement naturel entre deux cépages obscurs : la Dureza, un rouge de l'Ardèche, et la Mondeuse blanche, un blanc de Savoie. Autrement dit, la moitié du patrimoine génétique de l'un des raisins les plus célèbres de la planète vient d'une variété alpine que presque personne ne cultive plus.

C'est une histoire de génétique, mais aussi une leçon sur les légendes que le vin se raconte. Et elle mérite d'être racontée dans l'ordre.

La Syrah vient-elle de Perse ou de Shiraz ?

Non : c'est une légende, longtemps répétée faute de mieux. Pendant des décennies, on a inventé à la Syrah des origines exotiques, Shiraz en Perse ou Syracuse en Sicile, parce qu'un raisin célèbre méritait forcément un berceau prestigieux. L'ADN a retourné la question : la Syrah est née chez elle, dans le nord de la vallée du Rhône.

Ce réflexe des origines nobles n'est pas propre à la Syrah. En Savoie justement, l'Altesse serait arrivée de Chypre au XVe siècle dans les bagages d'Anne de Lusignan, princesse chypriote qui a bel et bien épousé le futur duc de Savoie Louis Ier en 1434. Le mariage est réel ; le voyage du raisin, lui, n'est attesté par aucun document, et les ampélographes, les spécialistes qui identifient et classent les cépages, n'ont jamais trouvé de parenté chypriote.

Retenez le réflexe, il sert partout : quand un cépage a une légende d'origine noble et aucune archive, ce que vous tenez n'est pas une information sur le raisin. C'est une information sur ceux qui l'ont vendu.

Qui sont les deux parents de la Syrah ?

La Dureza et la Mondeuse blanche, par croisement naturel. La Dureza est un cépage rouge de l'Ardèche ; la Mondeuse blanche est un cépage blanc de Savoie. Sur la direction du croisement, la prudence s'impose : la génétique établit la parenté, pas qui a joué quel rôle, et la Mondeuse blanche est donc l'un des deux parents de la Syrah, sans plus de précision.

Attention au piège de vocabulaire, car il est tendu à tout le monde. La Mondeuse blanche et la Mondeuse noire portent presque le même nom, mais ce sont deux cépages différents, pas la version claire et la version foncée du même raisin. La Mondeuse noire, elle, est le rouge de caractère de la Savoie : poivre, violette, tanins fermes.

Que reste-t-il de la Mondeuse blanche ?

Presque rien : une poignée d'hectares dans le monde entier. Pendant ce temps, sa descendante règne sur des vignobles entiers, de l'Hermitage et de la Côte-Rôtie jusqu'à l'Australie, où elle couvre des dizaines de milliers d'hectares sous le nom de Shiraz.

Le contraste dit quelque chose d'important : le prestige d'un cépage ne dit rien de celui de ses parents. Une variété peut porter la moitié du patrimoine génétique d'une star mondiale et frôler la disparition dans l'indifférence générale.

C'est aussi un rappel utile sur la fragilité de ce patrimoine. Si la Mondeuse blanche avait disparu avant les analyses ADN, une partie de l'histoire de la Syrah aurait disparu avec elle.

Pourquoi la Savoie a-t-elle gardé des cépages que personne d'autre ne cultive ?

Parce que la montagne conserve ce que les plaines abandonnent. Au XXe siècle, on a arraché des variétés locales par milliers dans le monde pour planter les quelques cépages que les marchés internationaux savaient nommer, et la Savoie y a largement échappé. L'historien Fernand Braudel (La Méditerranée et le monde méditerranéen, 1949) l'avait formulé au-delà du vin : difficiles d'accès et à l'écart des grands circuits d'échange, les montagnes ne sont pas en retard, elles sont hors du flux qui uniformise.

Le résultat tient sur environ deux mille hectares, à peine plus que le Jura et près de cinquante fois moins que Bordeaux. On y cultive la Jacquère, qui occupe à peu près la moitié des surfaces, l'Altesse, la Mondeuse, et des raretés comme le Persan, sauvé de la disparition par une poignée de vignerons. Ce n'est pas un musée pour autant : la Savoie plante aussi du Chardonnay, du Gamay, du Pinot noir et de la Roussanne, appelée ici le Bergeron.

C'est un phénomène qu'on retrouve ailleurs, mais rarement à ce point. Nous avions raconté un autre voyage de cépage, en sens inverse, avec le malbec du Sud-Ouest devenu roi en Argentine. Et pour comprendre ce que les racines de la vigne ont traversé au XIXe siècle, il faut lire pourquoi presque toutes les vignes du monde poussent sur des racines américaines.

Que change cette découverte pour vous ?

Elle change la façon de regarder une étiquette. Derrière chaque nom de cépage, il y a un arbre généalogique, des migrations, des survivances et des légendes commerciales, et l'ADN permet désormais de trier les unes des autres.

C'est exactement ce que nous explorons dans le nouveau parcours Savoie de Vignopedia, qui arrive demain, le 15 septembre 2026, dans l'application, avec 18 autres nouveaux parcours. La Mondeuse blanche y croise Braudel, le phylloxéra et quelques-uns des raisins les plus singuliers de France : découvrir Vignopedia.

FAQ

Syrah et Shiraz, est-ce le même cépage ? Oui. Shiraz est simplement le nom que porte la Syrah en Australie, où elle couvre des dizaines de milliers d'hectares. Le nom évoque la ville perse de Shiraz, mais c'est une coïncidence commerciale : l'ADN situe la naissance du cépage dans le nord de la vallée du Rhône.

Quels sont les parents de la Syrah ? La Dureza, un cépage rouge de l'Ardèche, et la Mondeuse blanche, un cépage blanc de Savoie, par croisement naturel. La direction du croisement n'est pas établie : on dit donc que la Mondeuse blanche est l'un des deux parents, jamais « la mère » ni « le père ».

Mondeuse blanche et Mondeuse noire, quelle différence ? Ce sont deux cépages distincts, malgré leur nom presque identique. La Mondeuse noire est le grand rouge de Savoie, poivré et tannique. La Mondeuse blanche est un blanc devenu rarissime, dont il ne reste qu'une poignée d'hectares dans le monde, et qui est l'un des deux parents de la Syrah.

Pourquoi dit-on que la Syrah est « à moitié savoyarde » ? Parce que l'un de ses deux parents, la Mondeuse blanche, est un cépage de Savoie. La moitié du patrimoine génétique de la Syrah vient donc d'une variété alpine presque disparue, ce qui rappelle que le prestige d'un cépage ne dit rien de celui de ses parents.

À propos de Vignopedia

Vignopedia est une application française d'éducation au vin, créée à Pau par un père et son fils. Elle permet d'apprendre le vin simplement, sans prérequis, à travers des parcours par région et par pays, des leçons d'environ dix minutes et des quiz. Le vin y sert de porte d'entrée vers l'histoire, la géographie, l'économie et les sciences. Le parcours Découverte est gratuit : découvrir l'application.

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