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Sarragachies : la vigne inscrite aux monuments historiques

Vieux cep noueux dont les racines plongent dans un sol sableux, dessiné en coupe.

Dans le Gers, à Sarragachies, une parcelle de très vieilles vignes jamais greffées est protégée au titre des monuments historiques, par un arrêté du 15 juin 2012. Elle a survécu au phylloxéra pour une raison physique connue : le puceron ne prospère pas dans les sols sableux. Et quand les spécialistes sont venus l'examiner, ils y ont trouvé des variétés que les collections de référence ne connaissaient pas.

Une vigne protégée comme une cathédrale, des raisins inconnus de la science, un survivant du plus grand désastre viticole de l'histoire : tout, dans cette parcelle, mérite qu'on s'y arrête.

Peut-on inscrire une vigne aux monuments historiques ?

Oui, et c'est ce qui s'est passé ici, par un arrêté du 15 juin 2012. La décision est peu banale : on protège habituellement des murs, pas des plantes.

Elle s'inscrit pourtant dans un mouvement de fond. L'historienne de l'architecture Françoise Choay (L'Allégorie du patrimoine, 1992) a montré comment la notion de patrimoine n'a jamais cessé de s'élargir : d'abord les monuments antiques, puis les églises, puis les usines, les paysages, les savoir-faire. Protéger une parcelle de vigne est le pas suivant.

Et il est vertigineux : voilà un monument historique qu'il faut tailler tous les hivers, traiter contre le mildiou, et remplacer pied par pied quand un cep meurt. Ce patrimoine-là ne se conserve pas sous vitrine. Il ne se conserve qu'en le cultivant, c'est-à-dire en le transformant un peu chaque année.

Inscrite ou classée : quelle différence ?

Ce sont deux niveaux de protection différents dans la loi française, et c'est le premier, l'inscription, qui s'applique à Sarragachies. Le mot compte : écrire « classée » à propos de cette parcelle, comme on le lit parfois, c'est lui attribuer un régime juridique qui n'est pas le sien.

C'est un bon réflexe à garder bien au-delà du vin. Dans le patrimoine comme dans les appellations, les mots officiels décrivent des réalités précises, et les confondre revient à raconter autre chose que ce que disent les textes.

Pourquoi ces vignes ont-elles survécu au phylloxéra ?

Grâce à leur sable, pas grâce à un miracle. Le puceron du phylloxéra ne prospère pas dans les sols sableux, et plusieurs poches de vignes anciennes ont été sauvées partout en France par leur sable. Sarragachies est l'une d'elles.

C'est ce qui rend la parcelle si précieuse : elle montre ce qu'était une vigne d'avant la catastrophe. Nous avions raconté l'autre versant de cette histoire, celui de l'immense majorité du vignoble : pourquoi presque toutes les vignes du monde poussent sur des racines américaines. Sarragachies en est le contrepoint vivant, la vigne qui n'a jamais eu besoin de ces racines-là.

Qu'est-ce qu'une vigne « franc de pied » ?

Une vigne qui pousse sur ses propres racines, sans greffe sur porte-greffe américain, comme avant le phylloxéra. C'est devenu rare, sauf précisément dans les sols sableux où le puceron ne prospère pas.

Les ceps de Sarragachies ajoutent un second témoignage du passé : ils sont plantés à l'ancienne, en mélangeant les variétés dans la même parcelle. C'était la norme avant qu'on ne range chaque cépage dans son rang, et cette façon de planter a presque disparu avec le monde qui la pratiquait.

Qu'a-t-on trouvé dans cette parcelle ?

Des raisins que la science n'avait pas encore décrits. Quand des ampélographes, les spécialistes qui identifient et classent les cépages, sont venus examiner la parcelle, ils y ont trouvé plusieurs variétés que les collections de référence ne connaissaient pas.

Prenez une seconde pour mesurer ce que cela veut dire : des variétés vivantes, en production, absentes des conservatoires. Dans une région dont nous avions déjà raconté la singularité, ce vignoble que Bordeaux a voulu faire oublier, une parcelle gardait en silence des raisins que personne n'avait inventoriés.

C'est exactement le genre d'histoire qui a donné envie de créer Vignopedia : le Sud-Ouest comme point de départ, et derrière chaque rang de vigne, de la géologie, du droit, de l'histoire. Le parcours Sud-Ouest de l'application consacre une leçon entière à Sarragachies et à l'archipel d'appellations qui l'entoure : découvrir Vignopedia.

FAQ

La parcelle de Sarragachies est-elle classée monument historique ? Non : elle est inscrite au titre des monuments historiques, par un arrêté du 15 juin 2012. « Inscrit » et « classé » sont deux niveaux de protection différents dans la loi française, et c'est le premier qui s'applique ici. La nuance est souvent perdue, elle compte.

Pourquoi ces vignes n'ont-elles jamais été greffées ? Parce qu'elles n'en ont jamais eu besoin. Le puceron du phylloxéra ne prospère pas dans les sols sableux, et cette parcelle du Gers en a bénéficié, comme plusieurs autres poches de vignes anciennes sauvées en France par leur sable. Elles poussent donc sur leurs propres racines, franc de pied.

Que veut dire « franc de pied » ? Une vigne qui pousse sur ses propres racines, sans greffe sur porte-greffe américain, comme l'ensemble du vignoble avant le phylloxéra. C'est devenu très rare : la quasi-totalité des vignes est aujourd'hui greffée, sauf dans certains sols sableux où le puceron ne prospère pas.

Comment entretient-on un monument vivant ? En le cultivant, ce qui est le paradoxe de cette inscription : la parcelle doit être taillée tous les hivers, traitée contre le mildiou, et chaque cep mort doit être remplacé pied par pied. Contrairement à un bâtiment, ce patrimoine ne se fige pas : il se transforme un peu chaque année pour survivre.

À propos de Vignopedia

Vignopedia est une application française d'éducation au vin, créée à Pau par un père et son fils. Elle permet d'apprendre le vin simplement, sans prérequis, à travers des parcours par région et par pays, des leçons d'environ dix minutes et des quiz. Le vin y sert de porte d'entrée vers l'histoire, la géographie, l'économie et les sciences. Le parcours Découverte est gratuit : découvrir l'application.

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