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Vin nature, vin bio, vin sans sulfites : qui est quoi

Grappe de raisin mi-dessin libre, mi-schéma technique aux lignes fines.

Le bio est une certification de droit européen, le vin nature est un mouvement sans définition légale, et le « sans sulfites » n'existe pas au sens strict, puisque les levures en produisent elles-mêmes pendant la fermentation. Trois objets très différents, que le rayon du caviste range pourtant dans le même coin de nos têtes.

Démêler les trois ne demande ni chimie avancée ni militantisme. Juste de savoir qui garantit quoi, et sur quelle autorité.

Le vin nature a-t-il une définition officielle ?

Non. Il n'existe aucune définition réglementaire du « vin naturel », ni en droit français, ni en droit européen, et ce n'est pas un signe officiel de qualité comme une appellation d'origine ou le label bio. Écrire « vin naturel » sur une étiquette n'engage, en soi, à rien qu'un contrôle officiel puisse vérifier.

Ce vide a fini par gêner le mouvement lui-même. En 2020, un syndicat de vignerons a créé, en discussion avec l'administration chargée de la répression des fraudes, la mention « Vin Méthode Nature » : une mention collective privée, adossée à une charte. Raisins issus de l'agriculture biologique certifiée, vendange manuelle, levures indigènes uniquement, aucun intrant ajouté, aucun procédé physique brutal, et le soufre soit à zéro ajouté, soit sous un plafond très bas.

La partie la plus intelligente du dispositif : deux logos distincts séparent les deux cas de figure sur le soufre. Le consommateur voit lequel il achète.

Quelle différence entre bio, biodynamie et nature ?

Trois étages, qui ne reposent pas sur la même autorité. Le bio est du droit public européen, contrôlé par des organismes certificateurs agréés : il a longtemps encadré la seule vigne, puis un règlement européen de 2012 a aussi encadré la cave, avec une liste d'intrants autorisés, des procédés interdits et des teneurs maximales en soufre plus basses que pour un vin conventionnel. Ces règles ont été reprises dans le règlement bio européen (UE) 2018/848, applicable depuis le 1er janvier 2022.

La biodynamie, elle, ne relève d'aucun règlement public : ce sont des cahiers des charges privés, comme Demeter ou Biodyvin, avec leurs propres contrôles. Et le nature, on vient de le voir, repose sur une charte collective privée depuis 2020.

Retenez la hiérarchie, elle sert partout : le bio est du droit public, la biodynamie et le nature sont des engagements privés. Ça ne veut pas dire qu'ils valent moins, un cahier des charges privé peut être plus exigeant qu'une règle publique. Ça veut dire qu'ils ne s'appuient ni sur la même autorité, ni sur les mêmes contrôles.

Un vin « sans sulfites » existe-t-il vraiment ?

Au sens strict, non. Les levures produisent elles-mêmes du dioxyde de soufre pendant la fermentation, de quelques milligrammes à quelques dizaines de milligrammes par litre selon la levure et les conditions. C'est pour cela que la mention « contient des sulfites » est obligatoire dès dix milligrammes par litre, y compris sur des bouteilles où personne n'a jamais rien versé.

La formule exacte, celle qui ne ment pas, est donc « sans soufre ajouté ». Et pour comprendre l'enjeu, il faut savoir ce que fait ce soufre : le dioxyde de soufre capte l'oxygène, donc protège le vin de l'oxydation, et freine les micro-organismes indésirables, levures étrangères et bactéries. Antioxydant et antiseptique d'un seul geste, c'est l'outil le plus polyvalent de la cave.

Le retirer, ce n'est pas « faire moins », c'est faire autrement, avec beaucoup moins de filet. Le vin reste vivant au sens strict, et la marge de manœuvre se rétrécit à chaque étape : raisin irréprochable, hygiène de bloc opératoire, froid, contenants toujours pleins, chaîne du froid tenue jusqu'au verre. Les vignerons concernés sont les premiers à le dire.

Pourquoi le Jura est-il devenu le laboratoire du vin nature ?

Par une rencontre entre des idées nées ailleurs et un terrain qui pouvait les recevoir. Le mouvement naît dans le Beaujolais autour de Jules Chauvet (1907-1989), négociant et chimiste, qui travaille sur les levures naturellement présentes sur le raisin et sur la possibilité de vinifier avec très peu, voire pas, de soufre ajouté. Point important pour ne pas se tromper de récit : Chauvet n'est pas un militant, c'est un homme de laboratoire, avec des analyses et des protocoles.

Le Jura entre en scène presque en même temps. À Pupillin, un village voisin d'Arbois, un vigneron cesse d'ajouter du soufre à ses vins à partir des années 1980, aidé par un passeur des idées de Chauvet, à une époque où il n'existe aucun marché pour cela. Ce n'est pas une posture commerciale, c'est un choix de méthode fait dans un vignoble que personne ne regarde.

Pourquoi ça a pris ici plus qu'ailleurs ? Trois explications reviennent chez les observateurs, à prendre pour ce qu'elles sont, des hypothèses cohérentes et non des résultats d'étude : des domaines petits et familiaux où un vigneron peut décider seul de tout changer, un vignoble déjà habitué à des vins qui ne ressemblent à rien d'autre, et des prix bas à l'époque, donc peu à perdre en cas d'échec. On expérimente plus facilement quand on n'a pas de réputation à protéger.

Le vin nature est-il meilleur ?

La science ne peut pas trancher cette question, et il vaut la peine de comprendre pourquoi. Voici la carte du débat, honnêtement.

Position A, celle des critiques : le risque microbiologique. Moins de soufre, c'est mécaniquement plus de place pour des déviations, et elles sont bien décrites : la levure Brettanomyces, qui produit des composés à l'odeur de cuir, d'écurie ou de pansement, la piqûre acétique, qui pousse le vin vers le vinaigre, les refermentations en bouteille, et le fameux goût de souris, dû à des molécules azotées qu'on ne sent presque pas au nez et qui apparaissent en bouche, quand la salive remonte le pH. S'ajoute une instabilité au transport et au stockage, réelle et coûteuse.

Position B, celle des défenseurs. La réduction des intrants d'abord : moins de produits en cave, moins de soufre dans le verre. Un argument technique ensuite : les levures présentes naturellement sur le raisin et dans la cave forment une population plus diverse qu'une levure sélectionnée unique, et produisent une palette aromatique plus large. Un argument culturel enfin : le mouvement a fait revenir en cave des gestes et une attention qu'on avait délégués à la chimie et aux instruments.

Où en est la science. Dans une position inconfortable, et il faut le dire. Puisque « vin naturel » n'a pas de définition, on ne peut pas construire d'échantillon rigoureux : comparer « des naturels » à « des conventionnels », c'est comparer deux sacs mal fermés. Ce qui est solidement établi porte sur le soufre lui-même : une vinification à très basse dose augmente le risque de déviation microbienne, c'est mesuré, et personne ne le conteste sérieusement. Ce qui n'est pas établi, c'est qu'un vin sans soufre ajouté serait en soi meilleur, ou en soi moins bon : « meilleur » n'est pas une grandeur mesurable.

Le détail qui résume tout : parmi les molécules du goût de souris, les chimistes ont identifié la 2-acétyl-1-pyrroline. C'est aussi elle qui parfume le riz basmati, le riz jasmin, le pop-corn et la croûte du pain qui sort du four. La même molécule, adorée ici, rejetée là : tout est affaire de concentration, de matrice et de contexte. Une molécule n'est jamais « bonne » ou « mauvaise » en soi.

Si cette façon de cartographier les débats plutôt que de les trancher vous parle, c'est exactement la méthode du parcours Jura de Vignopedia, dont ce sujet est tiré. Et pour revoir les bases de la fermentation, tout part de là : du jus de raisin à l'alcool.

FAQ

« Sans soufre ajouté » et « sans sulfites », est-ce pareil ? Non. Les levures produisent elles-mêmes du dioxyde de soufre pendant la fermentation, de quelques milligrammes à quelques dizaines par litre. La mention « contient des sulfites » est donc obligatoire dès dix milligrammes par litre, même sans aucun ajout. La formule honnête est « sans soufre ajouté ».

Un vin bio est-il forcément un vin nature ? Non. Le bio est une certification de droit européen qui encadre la vigne et, depuis un règlement de 2012, la cave, avec des plafonds de soufre abaissés. Le nature va plus loin via une charte privée de 2020, qui exige notamment des raisins bio certifiés et des levures indigènes.

Le vin sans soufre ajouté évite-t-il le mal de tête ? Rien ne le démontre. C'est une idée reçue à écarter : l'alcool suffit largement à expliquer le mal de tête, et aucun travail sérieux n'attribue cet effet au soufre ajouté ou à son absence. Le vrai débat scientifique sur le vin nature se joue ailleurs, sur le risque microbiologique.

Qu'est-ce que le goût de souris ? Une déviation due à des molécules azotées produites par certaines levures et bactéries. Sa particularité est troublante : presque invisibles au nez à l'acidité du vin, ces molécules apparaissent en bouche, quand la salive remonte le pH. D'où ces tablées où la moitié ne perçoit rien et l'autre repose son verre.

À propos de Vignopedia

Vignopedia est une application française d'éducation au vin, créée à Pau par un père et son fils. Elle permet d'apprendre le vin simplement, sans prérequis, à travers des parcours par région et par pays, des leçons d'environ dix minutes et des quiz. Le vin y sert de porte d'entrée vers l'histoire, la géographie, l'économie et les sciences. Le parcours Découverte est gratuit : découvrir l'application.

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