Le malbec, ce cépage du Sud-Ouest devenu roi en Argentine
Malbec: the South-West grape that became Argentina's king
El malbec, esa variedad del Suroeste convertida en rey en Argentina
Demandez autour de vous d'où vient le malbec. La plupart des gens vous répondront : d'Argentine. Et ils n'auront pas tout à fait tort, puisque c'est aujourd'hui le cépage roi de Mendoza, celui qu'on voit partout sur les étiquettes du Nouveau Monde. Mais ils n'auront pas raison non plus.
Car le malbec est né à des milliers de kilomètres de là, dans le Sud-Ouest de la France. Et son histoire est l'une des plus romanesques du vin : celle d'un cépage qui a failli mourir chez lui, qui s'est exilé à l'autre bout du monde, et qui revient aujourd'hui dans nos verres auréolé d'un prestige étranger. Tirez ce fil, et vous tombez sur une catastrophe biologique, une vague d'émigration, un hiver meurtrier et un siècle et demi de rapports de force entre deux continents.
Un cépage, et toute une collection de noms
Première surprise : le malbec ne s'est pas toujours appelé ainsi. Dans le Sud-Ouest, son nom officiel et historique est le côt. À Cahors, on l'a longtemps connu sous le nom d'auxerrois (rien à voir avec l'Auxerrois d'Alsace, c'est l'une de ces homonymies dont la vigne a le secret). Dans le Bordelais, on l'appelait le pressac, ou noir de Pressac. Le mot « malbec » lui-même serait apparu plus tard, au XVIIIe siècle, du nom d'un homme qui l'a diffusé dans la région, un certain Malbeck.
Quant à ses origines, la génétique a tranché. Une étude conduite en 2009 par des chercheurs de l'INRA de Montpellier et de l'université de Californie (Davis) a montré que le malbec est le fruit d'un croisement entre deux vieux cépages du Sud-Ouest : la magdeleine noire des Charentes et le prunelard. Autrement dit, un enfant du terroir français, et de personne d'autre.
Le « vin noir » de Cahors
Longtemps, le berceau du malbec a porté un surnom qui en disait long : le vin noir de Cahors. Une couleur si dense, si profonde, qu'elle paraissait presque opaque. Cette couleur, d'ailleurs, ne sort pas du jus mais de la peau du raisin : nous vous expliquons ici d'où vient vraiment la couleur d'un vin.
La vigne avait été plantée dans le Quercy par les Romains, puis entretenue au fil des siècles par les moines. Au Moyen Âge, le vin noir de Cahors était déjà une star de l'exportation. Les Anglais l'appréciaient au point de le nommer « black wine » ; les Russes en faisaient, sous le nom de Kagor, un vin de messe pour l'Église orthodoxe. On raconte même qu'un cahors aurait été servi au mariage d'Aliénor d'Aquitaine et du futur roi d'Angleterre Henri II, en 1152. L'anecdote est jolie, et il faut la prendre pour ce qu'elle est : une tradition plus qu'une certitude documentée. Mais elle dit une chose vraie : bien avant d'être un vin de comptoir oublié, le cahors était un vin de cour.
L'exil : de Cahors à Mendoza, en passant par le Chili
Au milieu du XIXe siècle, un homme va, sans le savoir, sauver le malbec. Il s'appelle Michel Aimé Pouget, né en 1821, agronome français et républicain. Quand Napoléon III prend le pouvoir, Pouget, comme beaucoup d'opposants, s'exile. Il atterrit d'abord au Chili, où il dirige une école d'agriculture et plante, parmi d'autres cépages français, du malbec.
En 1852, un autre exilé croise sa route : l'Argentin Domingo Faustino Sarmiento, futur président de son pays, passionné d'agriculture. Sarmiento convainc le gouvernement de Mendoza de faire venir Pouget pour y fonder une école d'agronomie, la Quinta Normal. Pouget franchit la cordillère des Andes avec, dans ses bagages, des sarments. Parmi eux, le malbec. La présentation officielle de l'école a lieu le 17 avril 1853, une date que l'Argentine célèbre aujourd'hui comme la Journée mondiale du malbec.
Notez le détail, il a son importance : le malbec n'a pas voyagé directement de Cahors à Mendoza. Il a fait étape au Chili. C'est de là, et non de France, qu'il a franchi les Andes. Un cépage du Sud-Ouest devenu sud-américain par ricochet.
La quasi-mort française : le phylloxéra, puis 1956
Pendant que le malbec prenait racine en Argentine, son pays natal allait vivre l'enfer. À partir de 1863, un minuscule puceron venu d'Amérique, le phylloxéra, ravage les vignes françaises. C'est une histoire à part entière, que nous vous raconterons bientôt. Cahors n'est pas épargné, mais le cépage survit, tant bien que mal.
Le coup fatal viendra plus tard, et du ciel. En février 1956, une vague de froid exceptionnelle s'abat sur la France. À Cahors, les températures plongent sous les -15 °C et détruisent le vignoble à plus de 95 %. Dans le Bordelais, où le malbec était encore bien présent, le gel tue les vignes les plus âgées. Et là, les vignerons font un choix lourd de conséquences : plutôt que de replanter ce cépage capricieux, sensible au gel et à la coulure, beaucoup le remplacent par le merlot, plus docile. En une génération, le malbec passe de cépage majeur à simple figurant. Il ne représente plus aujourd'hui qu'environ 1 % de l'encépagement bordelais.
Le malbec a donc bel et bien failli disparaître de France. Pas à cause d'une seule catastrophe, mais de deux, espacées de presque un siècle, et d'une décision humaine : celle de ne pas le replanter.
La renaissance, vue d'Argentine
Pendant ce temps, à Mendoza, le malbec poussait tranquillement, oublié du reste du monde. Il a fallu attendre les années 1990 pour que tout bascule. Des investisseurs étrangers, français, américains, espagnols, débarquent en Argentine et modernisent la production : cuves en inox, rendements réduits pour concentrer les arômes, vieilles vignes enfin valorisées. Des maisons comme Catena Zapata démontrent qu'on peut faire, à mille mètres d'altitude au pied des Andes, des vins de classe mondiale.
Le résultat ne se fait pas attendre : des malbecs ronds, mûrs, généreux, séduisent d'abord les États-Unis, puis la planète entière. Aujourd'hui, l'Argentine est de très loin le premier pays producteur de malbec, avec plusieurs dizaines de milliers d'hectares (autour de 40 000 selon les chiffres argentins), quand la France n'en compte qu'environ 6 000. Le cépage exilé est devenu une vedette mondiale.
Le même cépage, deux mondes dans le verre
Voilà le plus fascinant : ce malbec argentin et ce malbec de Cahors sont génétiquement les mêmes plants. Et pourtant, ils ne donnent pas du tout le même vin. Pourquoi ? Parce qu'entre les deux, tout change : le sol, le climat, l'altitude.
À Cahors, le malbec pousse à basse altitude, entre la vallée du Lot et les plateaux calcaires du Quercy. Il y donne un vin sombre, tannique, structuré, parfois un peu sévère dans sa jeunesse, marqué par les sols argilo-calcaires. En Argentine, il grimpe entre 900 et 1 500 mètres, souvent bien plus haut encore. Là-haut, le soleil tape fort le jour et les nuits sont froides : cette amplitude thermique donne des baies plus petites, plus concentrées. Le vin qui en sort est plus rond, plus fruité, à la couleur intense et aux tanins soyeux, tout en gardant de la fraîcheur grâce à l'altitude.
Cette différence, vous pouvez la goûter vous-même. Une bouteille de Cahors et une bouteille de Mendoza côte à côte, c'est une leçon de géographie liquide : la preuve que le terroir n'est pas un argument marketing, mais quelque chose qui se sent, dans le verre.
Quand le berceau emprunte la gloire de l'émigré
L'histoire a un dernier tour dans son sac. Aujourd'hui, c'est le nom argentin qui fait vendre. Si bien que Cahors, le berceau du cépage, a fini par se présenter au monde sous l'étiquette « Cahors, The French Malbec ». La région qui a inventé ce vin doit désormais rappeler qu'elle existe en s'appuyant sur la célébrité de son enfant parti à l'étranger. Le parent se réclame de la gloire de l'émigré.
C'est exactement ce genre d'histoire que nous aimons chez Vignopedia : partir d'un cépage, et finir par parler d'exil, de catastrophes naturelles, de géopolitique et d'identité. Le vin n'est jamais seulement du vin : c'est une porte. Le parcours Découverte est gratuit, dure trente minutes, et il vous emmène justement de Cahors à Mendoza. Et si un détail de cet article vous semble mériter une précision, écrivez-nous : sur un sujet aussi vaste, nous apprenons autant que nous transmettons.
Ask the people around you where Malbec comes from. Most will answer: Argentina. And they won't be entirely wrong, since it is today the king of grapes in Mendoza, the one you see everywhere on New World labels. But they won't be right either.
Because Malbec was born thousands of kilometres away, in the South-West of France. And its story is one of the most novel-like in all of wine: that of a grape that nearly died at home, went into exile on the other side of the world, and now returns to our glasses crowned with a foreign prestige. Pull that thread, and you stumble onto a biological catastrophe, a wave of emigration, a deadly winter and a century and a half of power struggles between two continents.
One grape, and a whole collection of names
First surprise: Malbec was not always called that. In the South-West, its official and historical name is Côt. In Cahors, it was long known as Auxerrois (nothing to do with the Auxerrois of Alsace, one of those namesakes that vines specialise in). In Bordeaux, it was called Pressac, or noir de Pressac. The word "Malbec" itself seems to have appeared later, in the 18th century, from the name of a man who spread it across the region, a certain Malbeck.
As for its origins, genetics has settled the matter. A study carried out in 2009 by researchers from INRA in Montpellier and the University of California (Davis) showed that Malbec is the offspring of a cross between two old South-West grapes: Magdeleine noire des Charentes and Prunelard. In other words, a child of French soil, and of nowhere else.
The "black wine" of Cahors
For a long time, the cradle of Malbec carried a telling nickname: the black wine of Cahors. A colour so dense, so deep, that it looked almost opaque. That colour, by the way, does not come from the juice but from the grape's skin: here is where a wine's colour really comes from.
The vine had been planted in the Quercy by the Romans, then tended over the centuries by monks. By the Middle Ages, the black wine of Cahors was already an export star. The English liked it enough to call it "black wine"; the Russians made it, under the name Kagor, into a communion wine for the Orthodox Church. It is even said that a Cahors was served at the wedding of Eleanor of Aquitaine and the future King Henry II of England, in 1152. The anecdote is charming, and it should be taken for what it is: a tradition more than a documented certainty. But it tells a true thing: long before it was a forgotten everyday wine, Cahors was a wine of the court.
Exile: from Cahors to Mendoza, by way of Chile
In the mid-19th century, one man would, without knowing it, save Malbec. His name was Michel Aimé Pouget, born in 1821, a French agronomist and a Republican. When Napoleon III seized power, Pouget, like many opponents, went into exile. He first landed in Chile, where he ran a school of agriculture and planted, among other French grapes, Malbec.
In 1852, another exile crossed his path: the Argentine Domingo Faustino Sarmiento, future president of his country, passionate about agriculture. Sarmiento convinced the government of Mendoza to bring Pouget over to found an agronomy school there, the Quinta Normal. Pouget crossed the Andes with vine cuttings in his luggage. Among them, Malbec. The school's official presentation took place on 17 April 1853, a date Argentina now celebrates as World Malbec Day.
Note the detail, it matters: Malbec did not travel straight from Cahors to Mendoza. It stopped in Chile first. It was from there, not from France, that it crossed the Andes. A South-West grape that became South American on the rebound.
The near-death in France: phylloxera, then 1956
While Malbec was taking root in Argentina, its native country was about to go through hell. From 1863, a tiny aphid from America, phylloxera, ravaged the French vineyards. That is a story in its own right, which we will tell you soon. Cahors was not spared, but the grape survived, more or less.
The fatal blow came later, and from the sky. In February 1956, an exceptional cold wave struck France. In Cahors, temperatures dropped below -15 °C and destroyed over 95% of the vineyard. In Bordeaux, where Malbec was still well established, the frost killed the oldest vines. And there, growers made a fateful choice: rather than replant this capricious grape, prone to frost and coulure, many replaced it with Merlot, more docile. In a single generation, Malbec went from a major grape to a bit player. Today it accounts for only about 1% of Bordeaux plantings.
Malbec did indeed come close to vanishing from France. Not because of a single catastrophe, but two, almost a century apart, and one human decision: not to replant it.
The renaissance, seen from Argentina
Meanwhile, in Mendoza, Malbec was quietly growing, forgotten by the rest of the world. It took until the 1990s for everything to change. Foreign investors, French, American, Spanish, arrived in Argentina and modernised production: stainless-steel tanks, lower yields to concentrate aromas, old vines finally valued. Houses such as Catena Zapata showed that you could make world-class wines at a thousand metres of altitude at the foot of the Andes.
The result was immediate: round, ripe, generous Malbecs that first won over the United States, then the whole planet. Today, Argentina is by far the leading producer of Malbec, with several tens of thousands of hectares (around 40,000 according to Argentine figures), while France has only about 6,000. The exiled grape had become a global star.
The same grape, two worlds in the glass
Here is the most fascinating part: this Argentine Malbec and this Cahors Malbec are genetically the same plants. And yet they give completely different wines. Why? Because between the two, everything changes: the soil, the climate, the altitude.
In Cahors, Malbec grows at low altitude, between the Lot valley and the limestone plateaus of the Quercy. There it gives a dark, tannic, structured wine, sometimes a little severe in its youth, marked by clay-limestone soils. In Argentina, it climbs between 900 and 1,500 metres, often much higher still. Up there, the sun is fierce by day and the nights are cold: this temperature swing produces smaller, more concentrated berries. The wine that comes out is rounder, fruitier, with intense colour and silky tannins, while keeping freshness thanks to the altitude.
This difference, you can taste for yourself. A bottle of Cahors and a bottle of Mendoza side by side is a lesson in liquid geography: proof that terroir is not a marketing argument, but something you can sense, in the glass.
When the cradle borrows the fame of the emigrant
The story has one last twist. Today, it is the Argentine name that sells. So much so that Cahors, the cradle of the grape, has ended up presenting itself to the world under the label "Cahors, The French Malbec". The region that invented this wine must now remind the world it exists, leaning on the fame of its child who left for abroad. The parent claims the glory of the emigrant.
This is exactly the kind of story we love at Vignopedia: start with a grape, and end up talking about exile, natural disasters, geopolitics and identity. Wine is never only wine: it is a door. The Discovery track is free, takes thirty minutes, and takes you precisely from Cahors to Mendoza. And if any detail in this article seems to deserve a correction, write to us: on a subject this vast, we learn as much as we pass on.
Pregunta a tu alrededor de dónde viene el malbec. La mayoría te responderá: de Argentina. Y no estarán del todo equivocados, porque hoy es la variedad reina de Mendoza, la que se ve por todas partes en las etiquetas del Nuevo Mundo. Pero tampoco tendrán del todo razón.
Porque el malbec nació a miles de kilómetros de allí, en el Suroeste de Francia. Y su historia es una de las más novelescas del vino: la de una variedad que estuvo a punto de morir en su tierra, que se exilió al otro extremo del mundo y que hoy vuelve a nuestras copas envuelta en un prestigio extranjero. Tira de ese hilo y te toparás con una catástrofe biológica, una ola de emigración, un invierno mortal y siglo y medio de pulsos entre dos continentes.
Una variedad, y toda una colección de nombres
Primera sorpresa: el malbec no siempre se llamó así. En el Suroeste, su nombre oficial e histórico es el côt. En Cahors se lo conoció durante mucho tiempo como auxerrois (nada que ver con el Auxerrois de Alsacia; es una de esas homonimias que la vid guarda en secreto). En el Burdeos se lo llamaba pressac, o noir de Pressac. La propia palabra «malbec» habría aparecido más tarde, en el siglo XVIII, a partir del nombre de un hombre que la difundió en la región, un tal Malbeck.
En cuanto a sus orígenes, la genética zanjó la cuestión. Un estudio realizado en 2009 por investigadores del INRA de Montpellier y de la Universidad de California (Davis) demostró que el malbec es fruto de un cruce entre dos viejas variedades del Suroeste: la magdeleine noire des Charentes y el prunelard. Dicho de otro modo, un hijo del terruño francés, y de nadie más.
El «vino negro» de Cahors
Durante mucho tiempo, la cuna del malbec llevó un apodo muy revelador: el vino negro de Cahors. Un color tan denso, tan profundo, que parecía casi opaco. Ese color, por cierto, no sale del zumo, sino de la piel de la uva: aquí te explicamos de dónde viene realmente el color de un vino.
La vid la habían plantado en el Quercy los romanos, y luego la mantuvieron a lo largo de los siglos los monjes. En la Edad Media, el vino negro de Cahors ya era una estrella de la exportación. A los ingleses les gustaba tanto que lo llamaban «black wine»; los rusos hacían con él, bajo el nombre de Kagor, un vino de misa para la Iglesia ortodoxa. Se cuenta incluso que se habría servido un cahors en la boda de Leonor de Aquitania y el futuro rey de Inglaterra Enrique II, en 1152. La anécdota es bonita, y hay que tomarla por lo que es: más una tradición que una certeza documentada. Pero dice algo cierto: mucho antes de ser un vino de barra olvidado, el cahors era un vino de corte.
El exilio: de Cahors a Mendoza, pasando por Chile
A mediados del siglo XIX, un hombre va a salvar el malbec sin saberlo. Se llama Michel Aimé Pouget, nacido en 1821, agrónomo francés y republicano. Cuando Napoleón III toma el poder, Pouget, como muchos opositores, se exilia. Llega primero a Chile, donde dirige una escuela de agricultura y planta, entre otras variedades francesas, malbec.
En 1852, otro exiliado se cruza en su camino: el argentino Domingo Faustino Sarmiento, futuro presidente de su país, apasionado de la agricultura. Sarmiento convence al gobierno de Mendoza para que traiga a Pouget y funde allí una escuela de agronomía, la Quinta Normal. Pouget cruza la cordillera de los Andes con sarmientos en su equipaje. Entre ellos, el malbec. La presentación oficial de la escuela tiene lugar el 17 de abril de 1853, una fecha que Argentina celebra hoy como el Día Mundial del Malbec.
Fíjate en el detalle, que tiene su importancia: el malbec no viajó directamente de Cahors a Mendoza. Hizo escala en Chile. Fue desde allí, y no desde Francia, desde donde cruzó los Andes. Una variedad del Suroeste que se volvió sudamericana de rebote.
La casi muerte francesa: la filoxera, y luego 1956
Mientras el malbec echaba raíces en Argentina, su país natal iba a vivir un infierno. A partir de 1863, un diminuto pulgón venido de América, la filoxera, arrasa las viñas francesas. Es una historia en sí misma, que te contaremos pronto. Cahors no se libra, pero la variedad sobrevive, a duras penas.
El golpe fatal llegará más tarde, y desde el cielo. En febrero de 1956, una ola de frío excepcional cae sobre Francia. En Cahors, las temperaturas se desploman por debajo de los -15 °C y destruyen el viñedo en más de un 95 %. En el Burdeos, donde el malbec todavía estaba muy presente, la helada mata las viñas más viejas. Y entonces los viticultores toman una decisión de graves consecuencias: en lugar de replantar esa variedad caprichosa, sensible a la helada y al corrimiento, muchos la sustituyen por el merlot, más dócil. En una generación, el malbec pasa de variedad principal a mero figurante. Hoy ya no representa más que en torno al 1 % del viñedo bordelés.
El malbec estuvo, pues, verdaderamente a punto de desaparecer de Francia. No por una sola catástrofe, sino por dos, separadas por casi un siglo, y por una decisión humana: la de no replantarlo.
El renacimiento, visto desde Argentina
Mientras tanto, en Mendoza, el malbec crecía tranquilamente, olvidado por el resto del mundo. Hubo que esperar a los años noventa para que todo cambiara. Inversores extranjeros —franceses, estadounidenses, españoles— desembarcan en Argentina y modernizan la producción: cubas de acero inoxidable, rendimientos reducidos para concentrar los aromas, viñas viejas por fin puestas en valor. Bodegas como Catena Zapata demuestran que se pueden hacer, a mil metros de altitud al pie de los Andes, vinos de clase mundial.
El resultado no se hace esperar: unos malbecs redondos, maduros, generosos, seducen primero a Estados Unidos y luego al planeta entero. Hoy, Argentina es con mucho el primer país productor de malbec, con varias decenas de miles de hectáreas (alrededor de 40 000 según las cifras argentinas), mientras que Francia solo cuenta con unas 6 000. La variedad exiliada se ha convertido en una estrella mundial.
La misma variedad, dos mundos en la copa
Y aquí viene lo más fascinante: ese malbec argentino y ese malbec de Cahors son genéticamente las mismas plantas. Y, sin embargo, no dan para nada el mismo vino. ¿Por qué? Porque entre ambos todo cambia: el suelo, el clima, la altitud.
En Cahors, el malbec crece a baja altitud, entre el valle del Lot y las mesetas calcáreas del Quercy. Allí da un vino oscuro, tánico, estructurado, a veces algo severo en su juventud, marcado por los suelos arcillo-calcáreos. En Argentina trepa entre los 900 y los 1 500 metros, a menudo mucho más alto todavía. Allá arriba el sol pega fuerte de día y las noches son frías: esa amplitud térmica da bayas más pequeñas, más concentradas. El vino que sale de ahí es más redondo, más afrutado, de color intenso y taninos sedosos, sin perder frescura gracias a la altitud.
Esa diferencia puedes probarla tú mismo. Una botella de Cahors y una botella de Mendoza, una al lado de la otra, son una lección de geografía líquida: la prueba de que el terruño no es un argumento de marketing, sino algo que se siente, en la copa.
Cuando la cuna toma prestada la gloria del emigrante
La historia guarda un último as en la manga. Hoy, es el nombre argentino el que vende. Tanto es así que Cahors, la cuna de la variedad, ha acabado presentándose al mundo bajo la etiqueta «Cahors, The French Malbec». La región que inventó este vino debe ahora recordar que existe apoyándose en la fama de su hijo que se marchó al extranjero. El progenitor reclama la gloria del emigrante.
Es exactamente ese tipo de historia lo que nos gusta en Vignopedia: partir de una variedad y acabar hablando de exilio, de catástrofes naturales, de geopolítica y de identidad. El vino nunca es solo vino: es una puerta. El recorrido de descubrimiento es gratis, dura treinta minutos y te lleva precisamente de Cahors a Mendoza. Y si algún detalle de este artículo te parece que merece una precisión, escríbenos: sobre un tema tan vasto, aprendemos tanto como transmitimos.
Sources
- Catalogue des cépages, IFV / INRAE (vignevin.com) : fiche du côt (malbec), ampélographie et synonymes (côt, auxerrois, pressac).
- Parenté du côt établie en 2009 (équipe INRA de Montpellier et université de Californie, Davis) : croisement entre la magdeleine noire des Charentes et le prunelard.
- AOC Cahors : décret du 15 avril 1971 et cahier des charges (côt, minimum 70 % de l'encépagement). Hiver 1956 : vignoble détruit à plus de 95 % (février sous -15 °C).
- Pablo Lacoste (historien, université de Santiago) et Wines of Argentina : arrivée du malbec en Argentine via le Chili, école de Mendoza (Quinta Normal), 17 avril 1853 ; Journée mondiale du malbec instaurée en 2011.
Sources
- Vine variety catalogue, IFV / INRAE (vignevin.com): Côt (Malbec) entry, ampelography and synonyms (Côt, Auxerrois, Pressac).
- Parentage of Côt established in 2009 (INRA Montpellier and University of California, Davis): a cross between Magdeleine noire des Charentes and Prunelard.
- Cahors AOC: decree of 15 April 1971 and specifications (Côt, minimum 70% of the blend). Winter of 1956: over 95% of the vineyard destroyed (February below -15 °C).
- Historian Pablo Lacoste (University of Santiago) and Wines of Argentina: arrival of Malbec in Argentina via Chile, the Mendoza school (Quinta Normal), 17 April 1853; World Malbec Day instituted in 2011.
Fuentes
- Catálogo de variedades, IFV / INRAE (vignevin.com): ficha del côt (malbec), ampelografía y sinónimos (côt, auxerrois, pressac).
- Parentesco del côt establecido en 2009 (equipo del INRA de Montpellier y Universidad de California, Davis): cruce entre la magdeleine noire des Charentes y el prunelard.
- AOC Cahors: decreto del 15 de abril de 1971 y pliego de condiciones (côt, mínimo 70 % del viñedo). Invierno de 1956: viñedo destruido en más de un 95 % (febrero por debajo de -15 °C).
- Pablo Lacoste (historiador, Universidad de Santiago) y Wines of Argentina: llegada del malbec a Argentina vía Chile, escuela de Mendoza (Quinta Normal), 17 de abril de 1853; Día Mundial del Malbec instaurado en 2011.
Vignopedia prend ses vacances
C’est l’été, et chez Vignopedia aussi ! Nous faisons une petite pause : pas de nouvel article pendant les trois premières semaines d’août. Nous revenons le 27 août, pour la dernière semaine avant la rentrée, avec un article un peu particulier. D’ici là, nous vous souhaitons un très bel été.
Vignopedia is off for the summer
Summer is here, and so are our holidays! We’re taking a short break: no new articles for the first three weeks of August. We’ll be back on 27 August, for the last week before the new season, with a rather special article. Until then, we wish you a wonderful summer.
Vignopedia se va de vacaciones
¡Es verano, y en Vignopedia también! Hacemos una pequeña pausa: no habrá artículo nuevo durante las tres primeras semanas de agosto. Volvemos el 27 de agosto, la última semana antes de la vuelta, con un artículo un poco especial. Hasta entonces, te deseamos un verano estupendo.
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